Etre beau joueur ! ?

Les jeux de société sont parfois à l’origine de mémorables disputes entre enfants. Pourquoi ? Un jeu à plusieurs implique nécessairement des règles. Celles-ci imposent des limites à chacun, soumettant chaque joueur à des contraintes. Se conformer à ces règles, c’est une façon d’appréhender la réalité : tout n’est pas permis, les autres existent, il faut en tenir compte. Certains enfants ont plus de mal que d’autres à les accepter ou, au contraire, à établir une distance avec elles. Ils ne supportent pas de se tromper, d’avoir tort, de perdre. Ce sont des enfants qui n’arrivent pas à gérer leurs frustrations.

Les adultes font parfois exprès de laisser gagner les jeunes enfants. Est-ce un service à leur rendre ? Quand les parents trichent pour laisser gagner leur enfant, ils le maintiennent dans l’illusion qu’il est le maître du jeu, le maître du monde. Or, le jeu de société sert précisément à apprendre aux enfants qu’ils ne sont pas tout-puissants, qu’ils doivent se plier à des règles, accepter qu’il y ait des gagnants et des perdants et que le monde ne s’effondre pas juste parce que l’on perd. Quelle attitude adopter face à un enfant qui est mauvais joueur ? Aucun enfant n’aime perdre. Mais il doit pourtant, pour pouvoir grandir, accepter de se confronter à la dure réalité de la compétition sans se sentir anéanti quand il n’est pas le meilleur. Si le fait de perdre le met dans un état épouvantable, les parents doivent juste montrer assez de patience pour l’aider à se calmer. Peu à peu, il va apprendre à supporter ses petits échecs, à se rendre compte que ce n’est pas si grave et arriver à trouver du plaisir en jouant même s’il ne gagne pas à tous les coups.

Comment leur transmettre l’idée que l’on joue pour s’amuser, être ensemble et non pas pour gagner ? En valorisant le plaisir du jeu et non pas sa finalité qui est de déterminer le gagnant et le ou les perdants. Quand on part en randonnée, même si on se fixe pour but de découvrir des lieux magnifiques, l’intérêt est dans la balade. Avec les jeux, c’est pareil. Le plaisir de jouer, c’est de passer un bon moment ensemble, de se découvrir des complicités avec ses partenaires, de rivaliser d’astuce, de rapidité, d’humour. Bref, d’expérimenter toutes sortes de qualités personnelles.

Jouer, c’est donc apprendre à se connaître ? Oui, mais pas seulement : c’est aussi apprendre à bien gérer ses émotions, ne pas se laisser emporter par son excitation, dominer son inquiétude, garder son sang-froid, ne pas se décourager, parvenir à cacher ce que l’on ressent aux autres et apprendre à deviner ce que les autres ressentent pour choisir une stratégie.

*Maryse Vaillant est l’auteur de « Les Enfants de 3 à 12 ans : les vraies bonnes questions auxquelles personne ne répond jamais » (éd. Michel Lafont). Elle est également la psychologue attitrée de l’émission « Y’a pas photo » sur TF1.

Ce qu’en pense des gens de l’association ! :

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec elle quand elle dit que les parents ne doivent pas tricher pour laisser gagner leurs enfants. Par expérience, ayant deux enfants qui n’aiment pas perdre, pour ne pas les dégoûter du jeu, au début je leur laissais gagner tout en leur montrant qu’ayant perdu, j’étais quand même très contente d’avoir jouer avec eux, et même jouer tout court, et que j’étais prête à recommencer à jouer même si je savais que je pouvais encore perdre. Petit à petit, je les faisais perdre et maintenant ils acceptent mieux de perdre mais n’ont pas perdu le goût du jeu !

Annie, la secrétaire de Rêves de Jeux.

Bon, moi ma devise quand j’étais jeune c’était : « on joue pour gagner ! Pas pour perdre ». Avec l’expérience, je ne renie pas cette attitude mais j’y ajouterais : « On joue aussi pour ... jouer ! ». Je trouve l’astuce d’Annie intéressante pour des petits avec un esprit pas trop joueur et un peu caractériel (je vais me faire tuer ....) ! ! ! Avec des plus grands, je m’embarrasse un peu moins de pédagogie « Parentale ». Se prendre une « Taulée » peut vous faire réfléchir à votre manière de jouer. Là ou le bât blesse, c’est que celui qui gagne est souvent méprisant ou trop condescendant avec les « vaincus ». C’est peut-être aussi à cause de crétins pareils que l’on a envie de devenir meilleur et de l’écraser « gentiment ». Enfin, le monde est cruel, autant s’y entraîner dans un jeu !

Jean-Pierre, le vieux joueur de l’association.